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Projet le parfait fantôme… est
invisible de Dominique Thirion
Performance pour Infiltrations, une exposition au Musée d’Art Moderne de la
ville de Bruxelles
Ne pas laisser de traces de son passage dans le monde. En Chine, il y a
longtemps, les taoïstes allaient jusqu’à balayer derrière eux la trace de leurs
pas sur les chemins. Pourquoi l’artiste devrait-il laisser une trace, des
oeuvres ? encombrer le monde d’objets? Pourquoi ne pas créer de l’éphémère qui
disparaît à peine créé, qui se balaye derrière soi?
Dominique Thirion
Plus tu auras réussi à écrire (si tu écris), plus éloigné tu seras de
l’accomplissement du pur, fort, originel désir, celui, fondamental, de ne pas
laisser de trace.
Quelle satisfaction la vaudrait ? Écrivain, tu fais tout le contraire,
laborieusement le contraire !
Henri Michaux, poteaux d’angle, p.57
Performance : 5 min le jour du vernissage : le dimanche 17 octobre à 15 h
‘Find me a lonely cave’ de John Eccles (1688-1735)
chanté par la mezzo Hanna Bardos-Feltoronyi
rythmé par Christine Grulois, Regina Röhrer, Sofia Avramides, Zoé Jacob,
Jean-Philippe Convert, Sébastien Foucault, Fabrice Samyn et Arié Mandelbaum
mise en scène par Dominique Thirion, en résonance avec l’œuvre de James Lee
Byars
a) 14h45 : Dans les salles à proximité de l’escalier reliant les sections XIXème
et XXème, petites interventions discrètes de huit personnes (fantômes lecteurs)
qui tiennent un livre blanc*.
b) 15 h : Ils convergent avec Hanna Bardos Feltoronyi vers l’escalier reliant
les sections XIXème et XXème, où est exposé The thinking cap of J.L.B. et s’y
installent. Ils restent quelques minutes en flottement puis feuillettent leur
livre, au rythme de ‘Find me a lonely cave’. Hanna Bardos-Feltoronyi chante. A
la fin du chant, les lecteurs fantômes referment les livres, se lèvent et
souriants, se dispersent en distribuant des petites cartes ‘le parfait fantôme…
est invisible’.
*LE LIVRE FANTÔME de Dominique Thirion (2004)
‘Find me a lonely cave’ de John Eccles
Air de théâtre du XVIIème, basse à deux temps, 1694, 2min 25 se
Find me a lonely cave
remote from human kind ;
dark as the midnight grave,
and dismal as my mind.
There let me sigh my soul away,
and mourn at cruel death’s delay.’
‘Trouve(z)-moi une grotte isolée,
éloignée du monde,
sombre comme la tombe à minuit,
et triste comme mon esprit.
Alors laisse(z) mon âme s’épancher,
et pleurer une mort qui tarde cruellement.’
Annexes :
‘Et puis, de nouveau, le mythe : le hollandais volant erre, en quête du mot ;
s’il l’obtient (par serment de fidélité), il cessera d’errer (ce qui importe au
mythe, ce n’est pas l’empire de la fidélité, c’est sa profération, son chant)’
‘O A KISS AS LONG AS MY EXILE’
‘ALL IS DEATHS.’
‘La mort est un état de perfection, le seul à la portée d’un mortel’
‘THE REST IS SILENCE.’
5 extraits du livre JAMES LEE BYARS (golddust is my ex-libris) pour le Musée
d’Art Moderne de la ville de Paris (1983)
‘PERFECT IS MY DEATHWORD’ J.L.B.
Choix de quelques titres d’œuvres de J.L.B. : The Perfect Theatre (?), The
Perfect Kiss (1973), The Perfect Epitaph (1975), The Perfect Whisper (1978), The
Perfect Tear (1979), The Perfect Aroma (1981), The Perfect Doubt’(1981), The
Perfect Death (1984).
A vrai dire, la perfection est sans concept (impossible de définir le Parfait en
soi) et a peu à voir avec la seule visée esthétique. En elle, se joue d’abord le
commencement d’un achèvement : elle détient le principe décisif d’une rencontre
entre la grâce et le plaisir, d’où monte une harmonie sans apprêt, d’une intense
incongruité. ”O Douceurs, ô monde, ô musique ! Et là, les formes, les sueurs,
les chevelures et les yeux, flottant. Et les larmes blanches, bouillantes, – ô
douceurs ! – et la voix féminine arrivée au fond des volcans et grottes
arctiques » (Rimbaud, « Barbare », in Illuminations).
Jean-Michel Ribettes l’attitude de la Perfection qui a été publié dans le livre
James Lee Byars, pour l’exposition The Monument to Language - The Diamond Floor,
Fondation Cartier (1995).
Je n'aime pas trop rajouter quoi que ce soit dans ce monde si encombré. J'aime
simplement faire apparaître les doux oublis. J'ai juste envie de partager, avec
d'autres, les belles invisibilités.
Mes actions participatives sont des instantanés du monde en quête de lui-même,
ce monde où, dans la diversité, chacun tente de s'approcher au plus près de son
désir.
Dominique Thirion (2001)
Notes:
La performance est incidemment en résonance avec ‘Attempt to Raise Hell’,
l’œuvre de Dennis Oppenheim.
Un enregistrement sonore et vidéo de la performance sera réalisé.
L’enregistrement sonore passera une fois toutes les heures et quart pendant
l’exposition (idéalement : installation sonore invisible – lecteur CD, ampli. et
deux baffles à proximité de l’œuvre de J.L.B.). Juste avant le déclenchement
sonore de ‘Attempt to raise hell’ de Dennis Oppenheim,, ‘the thinking cap of
J.L.B’. se mettre à chanter…
Répétitions au Musée :
le lundi 4 octobre avec Hanna Bardos Feltoronyi
le lundi 11 octobre avec Hanna Bardos Feltoronyi, les huit lecteurs/rythmeurs,
le photographe Claude Mahiant, le réalisateur Michel Caulea et un preneur de son
de 11 à 13 heures |