Panamarenko

<< BACK TO PANAMARENKO   << BACK TO LIST OF ESSAYS   << BACK TO BOOK DESCRIPTION

 

 

 

Hans Theys


BREF APERCU DE SUJETS RECURRENTS DANS L'OEUVRE DE PANAMARENKO


I

En 1968 est apparu pour la première fois un des sujets les plus importants dans l'oeuvre de Panamarenko. Ce sujet que l'on retrouve régulièrement sous des formes diverses et changeantes est ce qu'il a nommé au départ la Théorie des systèmes clos. L'idée initiale était qu'il devait être possible de construire des machines qui, avec une même arrivée d'énergie, pouvaient développer une puissance de plus en plus grande. Il fallait pour cela accélérer la force en question. Cependant, Panamarenko ne se contenta pas de formuler l'hypothèse que cela devait être possible, il chercha précisément à découvrir en quoi cela n'était pas possible. Les quelques scientifiques qu'il connaissait n'étant jamais parvenu à expliquer pourquoi une chose ne pouvait pas fonctionner, Panamarenko se devait de consacrer une majeure partie de son travail à la recherche de ses propres erreurs de jugement, ou, de manière plus précise, à chercher à comprendre pourquoi telle ou telle chose était "fausse" ou impossible.

La Théorie des systèmes clos fut tout d'abord appliquée au Général Spinaxis (1968), un vaisseau spatial à énergie solaire, au Closed System Power (1969) et à la construction des Accélérateurs (1969-1970).

Panamarenko partait de l'hypothèse que l'impulsion qui mettait un corps en mouvement, était divisée en deux forces de réaction. La première se chargeait du mouvement en avant alors que la deuxième maintenait le corps en rotation. Etant donné que la deuxième force n'était pas indispensable pour perpétuer le mouvement en avant, Panamarenko pensait que, accélérée, cette force pourrait être utilisée pour la propulsion d'un vaisseau spatial. "Il est théoriquement possible", écrivait-il, "d'accélérer un corps en lui donnant une poussée hors de son point de gravité, de manière à ce que l'objet se mette à tourner de lui-même. (...) Résultat: un objet récupérant qui peut à chaque fois être accéléré dans une machine fermée."

Le 31 décembre 1974, Panamarenko rapproche cette théorie de celle de la relativité spéciale. Dans le petit livre bleu (Marzona, 1975), il montre comment on peut, à partir de là, interpréter la trajectoire de repos d'un électron à hydrogène. Il suffit pour cela d'imaginer un électron qui roulerait et qui, au moment où il touche le sol, n'a pas de vitesse (autrement, il glisserait) et qui, grâce aux deux différentes vitesses en avant, se mettrait de lui-même en orbite, par une différence relativiste de masse et de temps. Par après Panamarenko a également appliqué ce principe aux corps célestes comme le soleil et les étoiles à neutrons sans compagnon. De même que l'orbite d'un électron ne doit plus être justifiée par l'attraction du noyau de l'atome, cette théorie donne une explication à l'absence de grandes masses dans l'univers, qui détermineraient l'orbite d'étoiles spécifiques. Toy Model of Space, c'est le nom de cette théorie sous sa forme actuelle, nous offre une explication encore difficile à croire aujourd'hui, mais très élégante, d'un nombre important de phénomènes qui, dans la science classique, ont systématiquement été justifiées à l'aide de "particules" et de mécanismes hypothétiques comme le graviton, les champs Hics, les trous noirs, etc.

Depuis mars 1992, Panamarenko travaille sur un nouveau vaisseau spatial qui serait propulsé par la force centrifuge libérée lors de la rotation de milliers d'axes verticaux dressés parallèlement.

II

Un autre sujet cher à Panamarenko est la construction d'un avion à propulsion humaine. Il s'agit en fait, principalement, de deux différentes sortes d'avions: les avions à hélice (avions à ailes delta, avions à hélice 'classique', jets et hélicoptères) et les avions à ailes d'insectes.

Das Flugzeug (1967), le premier avion à propulsion humaine que Panamarenko a construit, est un hélicoptère à six ailes d'avion. Avion delta à propulsion humaine (1972) est un jet à propulsion humaine avec un 'Rogallo-Flexwing'. Le jet le plus sophistiqué reste sans aucun doute U-Kontrol III, avec lequel Panamarenko a tenté de voler en Angleterre. Pour cet avion, il a spécialement conçu un système de pédales que l'on actionne avec les jambes et les bras à la fois. Il a adapté le même principe de propulsion aux hélicoptères.

Panamarenko a également tenté, et ceci constitue la deuxième sorte d'avions à propulsion humaine, de reconstruire mécaniquement le battement d'ailes des insectes. Dans le texte Le mécanisme du méganeudon Panamarenko explique que, pour lui, le battement d'ailes des insectes représente "sans doute la manière la plus efficace de voler". Il s'agit ici de convertir la propulsion continue émanant du pilote pédalant en une vibration à haute fréquence. L'énergie émise par le pilote est captée par un volant d'entraînement qui, au début de chaque battement, est couplé aux ailes. Les divers Méganeudons, Chistos et Umbillys montrent des différents types de ressorts, qui doivent relancer les ailes descendantes (et désaccouplées). Le meilleur résultat fut obtenu avec Umbilly I dans lequel la barre de torsion utilisée n'était plus en macrolon (comme dans Chisto I et Meganeudon II), mais en acier. Le nom Umbilly fait référence à la coupure de la liaison entre le volant d'entraînement et les ailes battantes, comme la section du cordon ombilical)

Ce mécanisme est, dans une certaine mesure, également apparenté à la Théorie des systèmes clos. L'idée de la 'trampoline double' se base en effet sur l'espoir que les ailes, relancées par au-dessus et par en-dessous, batteront de plus en plus vite.

L'intuition originale de Panamarenko (que la manière de voler des insectes n'est pas aussi primitive qu'on l'affirmait auparavant) fut corroborée par les découvertes que firent des chercheurs comme Torkel Weis-Fogh au milieu des années septante. Ils découvrirent, en effet, que des insectes comme l'encarsia formosa volaient en fait grâce à un battement d'ailes ingénieux, que l'on n'est toujours pas parvenu à analyser dans son entièreté . Dans des versions ultérieures du mécanisme des méganeudons, Panamarenko a tenté, dans par exemple les études pour le Grand Flip Flop, d'appliquer les constatations de Weis-Fogh en faisant décrire un certain angle aux ailes. L'hélicoptère-insecte Grand Flip Flop est sa dernière tentative en date de construire un avion à propulsion humaine .

Lucius Grisebach signale que Panamarenko s'est basé sur le livre Man Powered Flight de Keith Sherwin pour construire plusieurs avions à propulsion humaine. Il a raison. Toutefois, Panamarenko n'a jamais vraiment considéré ce livre comme un canon, mais comme un moyen de mieux percevoir la matière. Dans son introduction, Sherwin justifie l'existence de son livre par l'espoir que les avions à propulsion humaine deviendront un véritable sport. Rien n'est plus éloigné du travail de Panamarenko que le sport: la célébration ultime et imbécile de l'évidence et de la répétitivité.


III.

Panamarenko a aussi conçu des avions, des hélicoptères, des voitures, un char, un bateau volant et un tapis volant motorisés. Le premier 'avion' à moteur était le Portable Air Transport (1969), un petit hélicoptère portable qui ressemble à un siège. Des esquisses antérieures du Portable Air Transport annoncent les sacs à dos volants. L'idée d'un appareil portable pour voler est repris dans 1 Min. Heli Electric (1990), un hélicoptère électrique que l'on porte comme une sacoche.

Le premier projet de voiture volante remonte à 1972. A ce moment là, par contre, il s'agissait d'une voiture avec seulement une hélice. Avec K2, The 7000-Meter-High Flying Jungle and Mountain Machine (1991), qui est en fait une combinaison de quatre sacs à dos volants, Panamarenko repose un problème qui apparaissait pour la première fois dans quelques études pour un hélicoptère à quatre hélices (1971): le problème de la stabilité d'un avion s'élevant à la verticale.

La voiture en caoutchouc Polistes (1975) est née de la tentative de dessiner une voiture très simple. Polistes est propulsée par deux turbines qui, pouvant être renversées, rendent superflus freins et vitesses: la propulsion a lieu directement, et non par le biais des roues.

Le Nuage tonnant (1971) pourrait être considéré comme étant une variante motorisée de l'Avion delta à propulsion humaine (1972). Scotch Gambit, un bateau volant sur échasses, est propulsé par deux moteurs qui mettent chacun une hélice quadrifoliée en mouvement.

Paradoxe est un avion qui se soulèverait de lui-même en soufflant du vent dans un parachute. Ce qui, bien entendu, est impossible, bien qu'il soit très difficile de comprendre pourquoi. En tant que mécanisme impossible mais très probable, qui de surcroît se met lui-même en mouvement, Paradox est apparenté aux Systèmes clos.

Les premiers sacs à dos volants consistent en une hélice, un stator, une couronne de canalisation de l'air et un moteur. Le moteur fait tourner l'hélice, ce qui produit un courant d'air qui est détourné vers le bas et accéléré par le stator et le système de canalisation. Le pilote détermine la hauteur du vol en modifiant des mains le courant d'air qui sort des tuyères de réacteur.

Le moteur-pastille, qui s'appelle ainsi parce qu'il est aussi plat qu'une petite tablette, est un moteur pneumatique très léger et élégant, mise au point par Panamarenko pour les sacs à dos volants.


IV

L'aérostat The Aeomodeller est une oeuvre de Panamarenko sur laquelle on s'est beaucoup penché, mais qui occupe une place assez isolée dans l'oeuvre globale. Le ballon est constitué de bandes de film polyesther collées ensemble. La nacelle est faite de rotin palembang tressé. Les hélices en contre-plaqué acajou, faites à la main, sont propulsées par quatre moteurs Flymo qui reposent sur un berceau maniable. Au départ, il était dans les intentions de Panamarenko d'habiter dans la nacelle du ballon. C'est dans cette perspective que The Aeromodeller est le plus lié à l'intérêt montré par Panamarenko pour les vaisseaux spatiaux. "Le but le plus élevé que l'on puisse se donner", a-t-il dit un jour, "est de trouver une manière de quitter la terre". Ce n'est pas de l'escapisme. L'on n'est jamais autant confronté à soi-même que dans un vaisseau spatial: pour toujours en route vers rien.


V

A la fin des années septante, Panamarenko est surtout intéressé par la possibilité de créer un vaisseau spatial magnétique. "La navigation traditionnelle", écrit Panamarenko, "dépend complètement de la technique des fusées, car c'est le seul principe valable dans l'espace. Pour que cette navigation fasse des progrès décisifs, il faut, à mon sens, diriger les recherches dans le sens des forces interplanétaires existant déjà dans l'univers. Une de ces forces me paraît particulièrement intéressante: celle des champs magnétiques".

Des aimants se trouvant dans un champ magnétique uniforme (comme par exemple le champ magnétique de la terre) s'orientent en fonction des lignes de flux. Les deux pôles de l'aimant prendront une position fixe par rapport aux pôles de champ, de façon à ce que l'aimant ne bouge plus. Tous les instruments spatiaux magnétiques de Panamarenko sont par conséquent des tentatives de penser et de construire un mono-pôle magnétique, "un système de bobines d'électro-aimants dont un seul pôle (sud ou nord) apparaît".

Le cigare nageur Flying Cigar Called Flying Tiger consiste en trois bobines magnétiques supraconductrices aux pôles opposés. Il a une longueur d'au moins un kilomètre, avec un diamètre de 170 m: trois fois plus que le plus grand des zeppelins. Autour de la bobine centrale se forme une bulle magnétique de 25 km de rayon. Si le tout ne se renverse pas, ce ballon invisible est repoussé par la surface terrestre. Le cigare est dirigé au moyen des deux 'jambes' extérieures, qui peuvent produire une force magnétique contraire au champ magnétique dont elle se sert comme un surfeur se sert de la vague. Le cigare ne consomme pas d'énergie.

Le vaisseau spatial en forme de cloche Discs Miroirs (1984) est constitué d'un disque creux en aluminium qui tourne au-dessus de trois aimants d'effacement de manière à créer artificiellement un champ magnétique terrestre variable propulsant le vaisseau spatial. Les Champs magnétiques (1981), avec des petites soucoupes volantes qui planent grâce à deux paires de bobines magnétiques croisées formant un pont magnétique, démontrent ce principe.


VI

Depuis 1988 Panamarenko travaille sur l'Archaeopterix. Cela doit devenir une construction autonome fonctionnant à l'énergie solaire, mûe par des servomoteurs et dirigé par un cerveau électronique analogique. Ce cerveau enregistre les mauvaises (combinaisons de) mouvements et les exclut par la suite. L'Archaeopterix peut ainsi apprendre de ses erreurs. (Voir aussi le dessin Automaton Alluminaut (1970).


VII

Depuis 1990 Panamarenko a également construit des appareils qui facilitent ou rendent plus élégante la marche ou la nage au fond de la mer. En combinaison avec le scaphandre The Portuguese Man of War, ainsi appelé parce que le scaphandre fait penser à un animal de mer, la galère (Portuguese Man-of-War, en anglais), Panamarenko a conçu le Coude, un appareil électrique en forme de cilindre qui doit donner plus de vitesse au plongeur en cas de nécessité. A côté de la mise au point du Toy Model of Space, Panamarenko s'est surtout occupé, en 1992, de la conception et du perfectionnement d'un Coude mécanique, une sorte de manche-à-balais-vélo-sous-marin-à-hélice, qui doit remplacer les palmes traditionnelles.


Montagne de Miel, novembre 1992

TOP