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Texte par Catherine Laubier et Yves
Brochard
(Reproduit avec la permission de l'artiste)
... Le contre univers que nous propose Robert Devriendt est un univers de
fragments. Cette notion est intrinsèque à celle du regard puisque regarder
signifie nécessairement sélectionner. Le principe même de cette sélection est
inconscient- pourquoi regarde-t’on cette image plutôt qu’une autre ?- et chaque
sélection est en même temps une interprétation cachée. Mais l’artiste lève une
partie du voile dans son processus de création : « C’est une sélection d’images
qui nous attaquent tous les jours. » Quelles sont ces images ? : des fragments
de corps tirées de publicités pour lingerie féminine,un avion de chasse dans un
ciel serein (un oiseau en métal mais aussi la technologie la plus sophistiquée
pour tuer), des visages de femmes tirés de magazines érotiques, un groupe de
paraboles (objet de communication des images), des parties d’objet ou de
mobilier, donc des objets culturels (lustre, table Empire, commode en marbre…)
Ces images provenant de plus en plus de magazines sont comme sublimées par
l’entre-deux vide des tableaux et les multiples associations que ce vide
suscite. Lors de l’accrochage d’une série de toiles composant une œuvre le
peintre soigne tout particulièrement l’écart entre les tableaux, l’emplacement
respectif de chacun et peut proposer plusieurs compositions possibles (en ligne,
en nuage ..)Ces compositions sont pour l’artiste surtout des déconstructions : «
Je prends certains fragments et je les mets dans un autre contexte, en
psychologie on sait que tout change dès qu’une chose, fût-elle minime, change de
position. » Cette sorte de montage fait naître de multiples regards et
interprétations qui ne sont pas sans rappeler « l’effet Koulechov » en cinéma,
la base du « montage par attraction » chez Eisenstein. Le sujet regardant le
tableau est ainsi amené à se perdre non pas dans l’abîme d’un paysage mais dans
les abîmes que creusent les tableaux dans leurs rapports, se perdre dans les
profondeurs de l’intime, de l’inconscient aussi. Ainsi la forme phallique de
l’avion de chasse (le prédateur d’aujourd’hui ?) à côté d’un visage de femme qui
jouit, le regard du prédateur félin et la peau de panthère d’un coussin, le
monochrome rouge qui se fait l’écho du rouge à lèvre imperceptible dans un
visage de femme placé plus haut et qui renvoie tout aussi bien au bosquet de
fleurs rouges au bas de la composition qui a pour titre « histoire intime »...
[Source: 'Essai Intime', Château d’Oiron, 2005] |