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Gwendoline Robin

Hans Theys
J’aimerais bien voir un geyser en action
Entretien avec Gwendoline Robin
Introduction
Lorsque j’ai rencontré Gwendoline Robin pour la première fois, il y a plus de
dix ans, à l’occasion d’une performance dans une galerie à Bruxelles, elle m’est
apparue comme une personne joyeuse et perspicace. Elle ne fait pas partie de ces
gens qui, sous un baratin gonflé ou soi-disant intellectuel, cachent le fait
qu’ils ne ressentent rien, ne pigent rien et ne font jamais rien. Ses paroles
sont claires. Elle nous rappelle, et on en est soulagé, qu’une table s’appelle
toujours une table, malgré l’invention de la philosophie, le design et les
grandes surfaces. J’adore les gens qui osent être clairs, lisibles et généreux.
La deuxième performance de Gwendoline que j’ai vue se déroulait au Singel, à
Anvers. Ann Veronica Janssens avait invité quelques amis à présenter un livre de
leur composition. Tout le monde supposait que Gwendoline Robin lirait quelque
extrait de son très beau livre ‘Les nuits de Gwendoline’. J’ai demandé à
Janssens de nous raconter comment elle a avait vécu ce moment : ‘Sa proposition
au Singel était magnifique. Au moment où c’était son tour, elle a fait semblant
de vouloir lire quelque chose d’une feuille de papier qu’elle tenait en main.
Puis, en une fraction de seconde, la feuille s’est dissoute dans une petite
explosion, dans une flamme. C’était un beau moment. D’abord elle a créé un
moment de tension qui a absorbé tout le monde. Elle tremblait fortement. Tout le
monde attendait. Et tout d’un coup, lorsque la flamme est arrivée, ce moment de
tension s’est transformé en un moment de grâce, un moment d’éclat et de beauté.
Tout se tenait. Et tout cela en moins d’une minute! Gwen est une femme qui a
trouvé un équilibre intéressant, un équilibre visuel, entre force et fragilité.
La façon dont elle protège sa sensibilité avec cette armure qu’elle fait sauter
tout de suite après… Sa façon apparemment agressive d’opérer, sa grande gueule
et sa manière de se mettre en danger… Le tout avec beaucoup de grâce et
d’élégance…’
(Lorsque j’ai traduit cette description, j’ai été frappé par la répétition du
mot « moment ». D’abord j’attribuais cela au caractère non officiel de notre
entretien et je jugeai bon de supprimer quelques ‘moments’. Cependant, la
première phrase que Robin m’a dite à propos de son travail tournait également
autour du concept ‘moment’. Apparemment, pour ces deux artistes, le mot ‘moment’
a une signification plus riche que pour moi. Ann Veronica Janssens a ressenti
cela dans le travail de Gwendoline Robin, parce que son propre travail invite le
spectateur à vivre la lumière et les choses en une série ralentie de moments
successifs.)
Des pièges pour ne plus avoir peur
Ce que je fais dans mon travail, c’est me préparer des pièges pour ne plus avoir
peur. Je me sens bien uniquement dans un présent libéré de la peur. C’est un peu
ça, les performances. C’est une manière de rester dans le moment, le moment où
je construis, le moment où je mets le feu et le moment où tout est fini, où je
ne pense pas à autre chose qu’à ce qui vient de se passer. Le futur, j’aime
autant ne pas y penser. Le passé encore moins.
C’est ce qui est juste dans les performances : après il n’en reste presque rien.
Les seules choses qui restent sont des photos ou des vidéos qui donnent une
impression de ce qui s’est passé. C’est comme quand je fais de petites éditions.
Ce sont des choses qui restent, évidemment, mais elles n’apparaissent pas comme
finies. Ce sont des ouvertures.
Mes éditions? Il y a par exemple un livre que j’ai réalisé avec Corinne
Bertrand. Dans la couverture de chaque exemplaire se trouvait un pétard. Si on
allume le pétard, le livre brûle. Et peut-être le lecteur aussi, parce que c’est
un pétard qui tourbillonne. Il est plutôt dangereux, celui-là.
L’édition First Alert de 1999 consistait en quatre petits livres composés de
photos qui formaient une petite aventure cinématographique : de petites scènes
dans lesquelles on voit exploser un téléphone, une cigarette, mon corps et ma
tête. C’était la première fois que je me mettais en jeu. Avant je faisais
seulement exploser des objets, mais à présent c’était aussi ma personne.
Angoisse et contrôle
Chaque fois que je faisais exploser mon corps, les gens me disaient: ‘Toi tu
n’as peur de rien.’ On me prend pour une femme forte sans scrupules, qui vivrait
dans un monde sans obstacles. Cependant, se faire exploser c’est plutôt un signe
de fragilité, je trouve. J’ai voulu montrer cette fragilité en publiant le livre
Les nuits de Gwendoline.
Toutes les nuits, j’avais des angoisses de mourir du cancer, de la vache folle,
de la tuberculose, d’une pneumonie ou d’une fuite de convecteur à gaz. Parfois
j’allais même dormir chez une fille qui habitait deux maisons plus loin. Je
préférais mourir chez elle. Au cas où.
Puis un ami m’a dit : ‘Écris tes angoisses, tu n’auras plus peur’. Tous les
matins, j’écrivais mes angoisses, mais la nuit suivante une nouvelle peur
arrivait. Je les ai toutes notées. Ces textes sont restés longtemps dans un
tiroir. Ce qui est gai avec cette édition, c’est que j’ai pu faire lire ces
pensées étranges, que j’ai pu montrer une autre partie de moi.
Chaque fois que j’arrive à dégager une angoisse, je peux la montrer. Je n’ai pas
l’intention de prendre le public en otage, mais de faire quelque chose de
vivant. On peut très bien rire d’une angoisse. Je veux montrer que la vie est
très vivante. Pas noire ou lourde.
- Pas comme le monde de Marina Abramovicz ?
Pour moi son monde n’est pas lourd. Dans ce qu’elle fait, y a une grande
confiance en la vie. Son travail n’est pas morbide. Mais je vois ce que tu veux
dire, le sang et la douleur ne m’intéressent pas.
Un jour, j’ai proposé une performance à l’Atelier 340. C’était un parcours où je
marchais sur des explosions, dans un terrain vague. Une performance que j’avais
préparée depuis longtemps avec Garrett List, dans un champ à la campagne. Deux
jours avant la performance, la guerre en Iraq a éclaté. Cette guerre a porté un
regard sur la performance que je n’avais pas prévu, mais qui était intéressant.
Tout de suite, un rapport s’est installé avec le public. Deux ans plus tard le
Théâtre de la Balsamine m’a demandé de refaire cette performance et là cela n’a
pas fonctionné, parce que j’ai voulu la refaire avec la conscience qu’elle
pouvait rappeler la guerre. J’étais tombé dans le piège de l’illustration…
Il ne faut pas refaire des performances. Il faut que je garde ce côté léger qui
part d’une intuition, je dois faire confiance à cela. Ne pas vouloir contrôler…
Ce n’est pas très rassurant de faire confiance à une intuition. Mais il le faut.
La fragilité de l’intuition le demande.
- C’est difficile de ne pas savoir pourquoi tu fais quelque chose et pourquoi tu
veux la faire d’une certaine façon ?
Oui. Mais si je ne sais pas pourquoi je le fais, le public reçoit mieux la
performance. Si je contrôle moins ce que je fais, la performance est plus proche
de la personne qui la reçoit.
- Tu crées des moments de non contrôle.
Il s’agit de lâcher prise. C’est comme quand tu rencontres quelqu’un. Je n’aime
pas les formules de politesse. Je veux faire des rencontres. Dans la
performance, j’ai parfois tendance à me dire : si je le fais de telle ou telle
manière, la performance sera plus claire, mieux reçue, plus réussie… Mais ça ne
sert à rien. Maintenant j’arrive à abandonner ce rapport-là. Je réussis à ne
plus contrôler la relation avec le public.
- On voit que les gens angoissés ont tendance à vouloir contrôler les autres.
Mais on pourrait dire aussi que leurs peurs proviennent de ce besoin de
contrôle. Dans ton travail tu sembles vouloir créer des situations que tu ne
contrôles pas pour apprendre à surmonter tes peurs, mais de nouvelles peurs
surgissent alors, de nouveaux besoins de contrôle.
Oui. Je sais que je vais marcher sur des explosions, mais je ne sais pas si
toutes les charges vont exploser ni comment. J’ai peur qu‘elles n’explosent pas
toutes.
- Tu as peur que ça ne marche pas?
Ce qui fait peur, ce n’est pas le risque que tout va sauter, mais le risque que
rien ne se passe. La possibilité de l’échec fait peur. ‘Est-ce que cela peut
marcher ou pas?’ La performance m’attire à cause de cette incertitude. Un jour,
rien n’ a marché. Et la performance était d’autant plus intéressante.
Le jour où je pourrai marcher droit devant moi, sans être perturbée par le fait
qu’il ne se passe rien du tout, parce que rien ne fonctionne, ce sera l’apogée.
Le bouquet final.
- Oser exister sans ressentir le besoin de faire peur aux gens ?
Faire peur aux autres, c’est un peu mon plaisir. Enfant, j’essayais d’effrayer
les garçons. J’aime bien qu’on me craigne.
La poudre noire et la gaine
- Tu marches donc sur des bombes qui explosent. Comment les fais-tu exploser ?
Je marche sur des planches. Dessous, il y a un ressort et un contact électrique
qui déclenche une explosion. Je sais ce que je vais faire, mais je ne sais pas
ce que ça va donner. Pour d’autres performances, j’allume les mèches avec un
briquet. Là il y a aussi beaucoup de choses qui peuvent foirer. La mèche peut
être interrompue, par exemple. Puis il y a le temps qu’il fait et la fragilité
du matériel pyrotechnique. Souvent mes performances se passent à l’extérieur. Ce
qui fait que j’ai peur chaque fois que le ciel est gris.
Pour me protéger de la chaleur lorsque je fais exploser des explosifs qui
entourent mon corps, je mets du scotch aluminium sur ma salopette et mes
chaussures. C’est le même papier collant qu’on met sur les voitures pour les
retoucher. C’est une technique personnelle. La combinaison que je porte est en
coton. Elle ne peut pas prendre feu, mais il y a des trous par lesquels les
étincelles parfois m’atteignent. Puis je porte un casque de moto et une cagoule
comme celle que les pompiers utilisent. La cagoule est importante. Elle est
aussi en coton, un coton trempé dans un produit ignifuge.
Je n’utilise pas tellement de produits différents. D’abord il y a les mèches :
la mèche lente, la mèche explosive et la mèche rouge. La mèche rouge est celle
que nous connaissons dans les dessins animés. Celle que je préfère, c’est la
mèche explosive. C’est de la poudre noire sous conduit plastifié. Je l’utilise
pour construire une structure que je porte autour de mon corps, une sorte
d’armure explosive. À chaque intersection je serre le conduit avec un colçon.
Avec mes dents. Plus je tire, plus elles sont coincées et plus ça explose. Si je
tire très fort elles deviennent très explosives : cela provoque des chocs et la
poudre noire à l’intérieur de la mèche part dans tous les sens. Elle déchire la
gaine qui part en flammes. Tout va très vite. Ce n’est jamais très long. Après
il y a de la fumée.
- Ça sent bon ?
Oui. Je reste imprégnée de cette odeur très longtemps. Elle colle aux vêtements
et aux cheveux. Souvent, il reste aussi un résidu de poudre sur mes lèvres.
Pendant deux ou trois jours, j’ai un goût de souffre sur les lèvres, un goût
très étrange. Ça pique. J’adore ce sentiment. Ça sèche la peau. Les lèvres sont
toujours les plus abîmées. Du fait des manipulations – je les coupe, je les
lèche, je les serre –, j’ai de la poudre noire sur les ongles aussi. Il faut
juste ne pas avoir de blessures. Cela ronge.
La poudre noire, je vais la chercher à Liège chez un vieil artificier qui
fabrique encore lui-même sa poudre. Il est incroyable. Il habite dans une toute
petite maison dans une impasse. Sa maison est bourrée de poudre noire. Il la
vend par kilos, emballée dans du papier kraft. Il y a des mélanges différents.
S’il veut savoir ce qu’il a mis dedans, il goûte la poudre. ‘Là j’ai mis un peu
plus de poudre grise,’ dit-il alors. La poudre grise, c’est une poudre qui
brise.
J’adore allumer une belle et longue traînée de poudre noire. Cela provoque un
beau bruit sourd et ça produit beaucoup de feu et de fumée. J’aime beaucoup le
feu et la fumée. La dernière fois, j’ai fait une traînée de 130 mètres de long
et de cinq centimètres de large. On l’allumait d’un côté et moi j’attendais le
feu de l’autre côté, sur une rampe de 3 ou 4 mètres de haut. Ce que je n’avais
pas prévu, c’est que plus le feu avançait, plus la boule grossissait. Le feu se
comportait comme une boule de neige qui ramasse et ramasse. Tout d’un coup, je
me suis trouvée prisonnière d’une énorme boule de feu et de fumée qui
s’agrandissait et se rapprochait très rapidement. Ça allait très vite. Le temps
de trois secondes. Je ne pouvais pas m’échapper sans sauter de la passerelle.
Soit je me cassais une jambe, soit je brûlais. Je devais choisir tout de suite.
Je suis restée debout sans bouger. Le feu s’est éteint juste devant moi.
Parfois j’enferme de la poudre noire dans du papier aluminium et je façonne de
petites papillotes. Je les allume en marchant sur des boutons poussoirs. Cela
donne de beaux champignons de fumée dans lesquels mon corps disparaît. Comme un
magicien qui fait disparaître des choses ou des gens…
Puis il y a les marrons d’air. Ce sont des bombes qui doivent monter haut, parce
qu'elles sont comme des coups de tonnerre puissants. On les intègre dans les
feux d’artifice pour donner du rythme. On sent d'ailleurs les vibrations jusque
dans le sol. C'est un peu pour cela que je les adore. J’enlève la chasse, qui
sert à les transporter jusqu’en haut, et je les enterre. Du coup, ça fait aussi
une explosion de terre. Un super cratère. Et la terre tremble vraiment.
Restent alors les tracas, qui sont accrochées sur des mèches rapides, comme des
gros caramels. Cela produit une chaîne d’explosions très rapides. Ça donne bien
dans une petite cour bien enfermée, comme chez Camille.
Une chaise volante
Récemment j’ai fait décoller une chaise en carton dans un champ. C’était pas
mal.
- Pourquoi en carton ?
J’avais envie de voir une chaise qui décolle dans un champ, mais une chaise en
bois, c’était trop lourd. En fait c’était juste pour me dire : voilà il y a une
chaise qui vole. Et j’ai triché. Parfois j’ai envie de voir quelque chose qui
n’est pas possible réellement, alors je suis bien obligée de tricher. Tricher,
ça donne un résultat qui fait plaisir. Parfois je me sens un peu coupable, mais…
Le feu d’artifice c’est aussi une triche. Et quand je me mets en feu, je ne
brûle pas vraiment. C’est comme avec le casque. Quand j’allume une mèche
explosive autour de mon casque, ça fait beaucoup de bruit. Les gens ont souvent
peur que je devienne sourde, mais en fait je n’entends presque rien. Je suis
protégée par mon casque et la cagoule.
- Quand est-ce que tu as commencé à jouer ou à travailler avec des explosifs ?
Quand j’étais petite, je vivais à la campagne et je m’amusais en allumant des
pétards dans les crottes de vaches. Il fallait maîtriser tout une technique,
parce qu’il fallait prendre des bouses qui étaient encore molles à l’intérieur
mais qui avaient déjà une fine croûte bien dure. Tu enfonces le pétard et tu ne
l’allumes qu’à la dernière minute quand les gens que tu veux surprendre sont
vraiment proches. Je m’amusais beaucoup à faire ces blagues-là.
Quand je suis arrivée à Bruxelles, j’avais toujours en poche de petits pétards
et de petites fontaines. À La Cambre, je m’amusais à accrocher des pétards avec
deux cordes aux portes. Ce sont de bêtes blagues, mais ça marche toujours. Quand
j’ai terminé mes études, Jean Glibert, qui avait été mon professeur, m’a suggéré
de mettre mes pétards dans mon travail plutôt que là ou il ne fallait pas.
Regarde, tu connais ça ? (Elle me montre une grenouille en plastique qui fait en
bond en arrière et retombe saine et sauve sur ses pieds.) Ça marche bien, non ?
- Les pétards dans tes poches étaient-ils une manière de garder près de toi la
campagne d’où tu venais ?
Non, je détestais la campagne. Mon adolescence a été une horreur.
- Une façon de sauvegarder ton enfance, alors ?
Oui. En tout cas la liberté que j’ai connue pendant l’enfance… Peut-être est-ce
aussi la raison pour laquelle on m’a suggéré de travailler avec des pétards.
Pour réintroduire une légèreté.
Un truc qui bouillonne
Mon travail d’aujourd’hui a commencé avec de petites installations. En 1996,
chez Camille j’ai montré de petites sculptures qui explosaient. Un grand réveil
chinois était raccordé à une pile, la pile était raccordée à un inflammateur et
quand l’alarme se mettait en route le contact électrique faisait exploser
l’objet.
Dans le film Un singe en hiver, il y a une scène avec un vieux monsieur qui a un
magasin empli de vieux objets. Dans ses réserves, se trouvent une dizaine de
caisses pour le grand feu d’artifice qu’il rêve un jour de tirer. Une nuit,
Gabin et Belmondo sont très saouls et ils vont chercher le vieux monsieur et le
feu d’artifice pour le tirer sur la plage. Normalement, c’est un feu d’artifice
qui est prévu pour un moment officiel, mais ici ils le tirent juste par envie.
En soi, les feux d’artifice m’ennuient, mais lorsqu’ils réveillent tout un
village et que tout le monde court dans tous les sens pour voir ce qui se passe,
cela devient beau. Toutes les bombes qui partent dans le ciel ne m’intéressent
pas. Les caisses d’où les bombes partent, par contre, ça c’est beau ! Et les
mèches. Ou le choc de départ.
Je viens de terminer un travail pour lequel j’ai construit une ville en papier.
Puis j’ai foutu le feu et on a filmé. Le but était de donner forme à une
catastrophe, de construire une catastrophe. J’ai voulu jouer avec ma peur que la
maison prend feu et qu’avec elle toute la ville brûle. Dans mon appartement
précédent, j’éprouvais tout le temps l’angoisse que la maison brûle. J’avais
toute une cargaison de feu d’artifice dans le grenier. Je me suis dit que si ça
brûlait, tout le quartier partirait en flammes. Ici aussi d’ailleurs… Il y a de
la poudre noire partout et si quelqu’un fume… Tu fumes?
- La maquette était basée sur une ville existante ?
Non, plutôt sur une idée que j’avais d’une ville. D’abord, j’ai construit des
maisons de dimensions différentes, des maisons comme à Bruxelles, mais puis j’ai
vu qu’il fallait des buildings pour faire ville.
- Où est-ce que tu l’as fait brûler ?
Dans mon atelier.
- Sans public ?
Je voulais d’abord essayer, parce que je ne savais pas ce que ça allait donner.
- Et qu’est-ce que ça a donné ?
Quand la ville était construite, une amie l’a entourée d’une installation avec
plusieurs caméras et tout d’un coup cette ville apparaissait comme un objet
préoccupant, comme s’il allait se passer quelque chose. Alors m’est venue l’idée
de faire un allumage et que la ville allait brûler d’un seul coup. J’ai mis un
peu de pâte à feu à différents endroits de la ville et j’ai allumé, mais au lieu
que le feu prenne d’un coup, comme je l’avais prévu, tout a brûlé très
lentement. Je devais tout le temps réallumer le feu à un autre endroit.
Heureusement, parce que cela m’a vraiment laissé le temps de regarder. C’était
beaucoup plus impressionnant que prévu, parce qu’il y régnait une chaleur de
plus en plus forte, il s’en dégageait de la fumée et une odeur de pétrole et nos
yeux commençaient à piquer. Tout d’un coup, je me suis dit que je n’étais pas en
train de contrôler. C’était beau. Je me sentais proche d’un vrai incendie.
Tingely, lorsqu’on lui a demandé pourquoi il construisait des machines qui
s’autodétruisaient, a répondu : ‘Une maison qu’on construit , ça n’intéresse
personne, mais lorsqu’on fait exploser une maison, tout le monde adore.’
Lorsqu’ils regardent un incendie, les gens ont peur, mais ils sourient en même
temps. J’aimerais bien faire ça. Remplir une vieille maison abandonnée avec des
feux d’artifices et puis l’allumer. On ne verrait pas le feu d’artifice, mais
des éclats, des trouées dans le plancher et les plafonds, des vitres qui
explosent, ci et là un nouveau feu qui se déclenche sur un autre étage… Comme un
truc qui bouillonne… Ce serait beaucoup plus beau qu’un feu d’artifice. Comme la
maison en face là, par exemple. Ce ne serait plus du tout contrôlable, mais ce
serait très beau.
Montagne de Miel, 29 janvier 2006.
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ESSAYS BY HANS THEYS
Een pruttelende geiser, 2006
Un geyser en
action, 2006
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